asi congo

Je raconte ici ce que j’ai vécu avant.
J’étais en classe de troisième, je préparais mon BEPC. Je l’ai passé et je l’ai eu. Mon père et ma mère étaient contents. J’avais la volonté de continuer alors je suis passée en Seconde avec ma grossesse. Mais j’avais des malaises, je crachais partout, surtout dans la classe, et j’avais honte vis-à-vis de mes copines.
Je me suis dit que je n’irais plus à l’école, ce qui a mis mon père en colère. Et quand j’ai mis au monde, il a été déçu, parce que je suis sa fille unique.
J’ai laissé mes études parce qu’il aurait fallu que je laisse mon enfant à la garderie, et je n’avais pas l’argent pour la payer.
Mais cette vie nouvelle, je ne l’avais pas imaginée. J’étais chez moi, devant la télé, avec mon enfant, et sans amies – ce qui me rendait triste. J’aime sortir. La nuit j’aime faire beaucoup de choses : danser, chanter, boire, manger…
J’aime mon pays, le Congo, j’en suis fière parce qu’il y a des milliers de lieux formidables, tel que « La Mandarine ». J’aime trop les pâtisseries, j’aime trop boire la boisson, me promener en taxi – ça permet de mettre les talons qu’on ne peut pas mettre si on doit marcher longtemps. Je vois la ville autrement, je suis à l’aise.
J’aime aussi aller dans ce VIP qui s’appelle 3T. J’aime beaucoup ce lieu, où je peux danser avec mon petit copain. Ils passent des chansons de Beyoncé, de Rihanna, de Fanny, de Lil Wayne, de Chris Brown. La boisson me donne le courage de danser, la fatigue de la journée disparaît, et les problèmes que je rencontre dans ma vie. La présence des amies fait que je me sens très à l’aise, on ne me contrôle pas.
Les garçons c’est curieux, ils me rendaient curieuse. Je n’étais pas dominée par eux, c’est moi qui les tenais. Parce que j’étais tendre. Tu vas me demander pourquoi ? Parce qu’une femme doit être tendre.
Mais ensuite, après la tendresse, il faut rentrer.
Alors commence une autre nuit. J’aime prier avant de dormir.
Certaines choses me font peur. Les insectes me font peur (la grenouille, l’araignée, le rat, la souris…)
Pendant la nuit j’aime aussi suivre le journal, les informations, le théâtre.
La nuit porte conseil chez moi parce que je pense à beaucoup de choses. Je réfléchis au fait que je n’ai pas l’argent. Je pense que l’enfant va rien manger le matin. Je dois donc obligatoirement chercher l’argent… Pendant la nuit y’a beaucoup de choses que je comprends, que je prépare. Mais la nuit les voix des gens me font peur aussi. Des gens se battent parfois.
Il y a aussi le genre de garçons qui vont dans la rue pour y mettre la pagaille, et ils font alors tellement de bruit qu’on ne peut pas dormir.
L’argent gagné, je l’ai beaucoup dépensé : en boissons, en vêtements… Je n’avais pas de love ou de cheftaine qui m’en prenait une partie, tout ce que je gagnais c’était pour moi… Des copines me conseillaient. Et j’ai fini par accepter parce que je savais que la police voulait m’arrêter. Venir à ASI c’était une façon de fuir la police. Ils voulaient m’arrêter parce que je dansais n’importe comment.
Voilà ce qui s’est passé.
J’étais dans un bar avec mes copines, et j’ai vu des gens qui approchaient. Ils nous ont donné des conseils, on s’est partagé des préservatifs, ils nous ont aussi donné un ticket à chacune, et le lendemain matin je me suis présentée au centre ASI. J’ai eu la volonté de venir tous les jours, et ils m’ont inscrit en « accueil », puis en « stabilisation » et cette année je suis en « formation ». Je suis fière de ça, je n’y croyais plus, en ayant le passé que j’avais.

Mon père et ma mère sont très surpris, eux aussi. Et contents.
Alors j’imagine à nouveau des choses pour moi. Un jour, grâce à la télé, j’ai découvert l’Égypte. Les images m’ont beaucoup plu, les pyramides, le Nil… J’aime trop ce pays. Chacun de nous a un pays où il voudrait aller, et moi c’est l’Égypte, que j’adore très très fort.
Je fais des rêves où il est question de l’Égypte. Je préférerais faire mes activités en Égypte, et j’espère qu’un jour Dieu rendra cela possible, qu’il me donnera la possibilité de visiter ce pays, et d’y être heureuse. Là-bas je changerai de vie, je pourrais renaître. Je sais qu’ils parlent arabe, les Égyptiens, mais ça ne me fait pas peur, je peux apprendre. Je suis peut-être une peu inquiète car on dit que les Arabes sont mauvais mais j’ai tout de même confiance : ce sera bien pour moi.